Le colorisme est un système de jugement de valeur (souvent esthétique mais aussi morale, sociale et professionnelle) qui se base sur la couleur de la peau. Il englobe des discriminations qui dépassent celles du racisme car souvent elles existent au sein d'un même groupe ethnique. Plus concrètement, concernant les communautés africaines et afro-descendantes, il s'agit de valoriser les peaux les plus claires. Le colorisme touche plus particulièrement les Femmes.

 

Qu’est-ce que le colorisme ?

 

Quelles en sont les racines ?

Même lorsque des populations noires n’avaient été que très peu en contact avec des populations blanches, les peaux claires étaient parfois préférées aux peaux les plus foncées. Cependant le colorisme est devenu un véritable système de pensées discriminatoire et organisé durant la période de l’esclavage. En effet, les Noirs étant considérés comme inférieurs, les peaux claires voire blanches représentaient la supériorité. D’ailleurs, les esclaves étaient classés selon leur couleur de peau et les plus clairs (très souvent issus de viols d’esclaves par les maîtres) se rapprochant de la couleur du maître étaient préposés aux tâches domestiques dans la maison du maître car ces tâches étaient vues comme moins pénibles que les travaux dans les plantations. Leur statut étaient donc plus « avantageux » que celui des esclaves à la peau foncée (toute proportion gardée car ils demeuraient esclaves).

 

Le discours de W. Lynch

Ce système de classement par la couleur de la peau, durant l’esclavage, est une des méthodes que William Lynch, esclavagiste européen, expose lors d’un discours en 1712. Les esclaves rebelles qui s’échappaient coûtaient cher aux esclavagistes car pendant ce temps, les plantations n’étaient pas cultivées mais également ces esclaves étaient punis voire tués et constituaient donc une perte de main d’oeuvre.

J’aimerais vous dire que la méfiance, le manque de confiance en soi, est plus efficace que le respect ou l’admiration. | William Lynch

Afin de résoudre ce « problème », William Lynch préconise de diviser pour mieux régner. Son discours présente une technique qu’il a lui-même testée et approuvée dans ses plantations. Il s’agit d’opposer les esclaves sur des critères notamment physiques (couleur de peau, texture des cheveux, taille, etc). Ainsi les esclaves divisés, les différences entre eux étaient exagérées et justifiaient les différences de traitement. Ceci a causé l’envie, la méfiance entre esclaves et ces derniers ne formaient alors plus un groupe soudé mais plusieurs groupes sans aucune solidarité, ce qui était alors une aubaine pour les esclavagistes et leur désir de contrôle des esclaves.

L’esclave noir, après avoir reçu ce lavage de cerveau, perpétuera de lui-même et développera ces sentiments qui influenceront son comportement pendant des centaines voire des milliers d’années, sans que nous n’avions plus besoin d’intervenir. Leur soumission à nous et à notre civilisation sera non seulement totale mais également profonde et durable. N’oubliez jamais que vous devez opposer les adultes et les noirs âgés aux plus jeunes, les noirs à peau foncée aux noirs à peau plus claire, la femme noire à l’homme noir. | William Lynch

 

Le colorisme aujourd’hui

Le colorisme comme véritable système de jugement de valeur résulte donc de ces pratiques esclavagistes. C’est aussi le cas d’autres discriminations qui touchent les populations noires. Le colorisme a été perpétué au fil des siècles car il se base sur des critères occidentaux largement valorisés. Mais en plus, comme l’avait prévu Lynch, les Noir.e.s l’ont en grande partie intégré. La colonisation de l’Afrique a évidemment renforcé durablement le phénomène.

Le colorisme se retrouve partout dans notre quotidien :

  • le monde médiatique : Beyoncé, Rihanna et Nicki Minaj auraient-elles été populaires auprès du public blanc si elles avaient été plus foncées ?
  • les films et séries : voir la polémique sur le choix de Zoe Saldana dans le rôle de Nina Simone.
  • le lien établi à tort mais presque systématiquement entre métissage et beauté.
  • la préférence amoureuse pour les personnes à la peau claire.

 

Les Femmes noires et le colorisme

Le colorisme concerne surtout les Femmes car il fait partie d’un ensemble de pressions exercées sur elles en ce qui concerne leur physique et leur « désirabilité ». La couleur de peau s’ajoute à la longue liste de critères que les Femmes noires doivent satisfaire. Sans cela, elle ne sont pas considérées comme belles, d’où le malheureux succès des crèmes éclaircissantes.

Une étude américaine démontre qu’entre 1995 et 2009, dans les prisons américaines, les Femmes noires à la peau claire étaient en moyenne condamnées à des peines 12% moins longues que les Femmes noires à la peau foncée.

Néanmoins, le colorisme n’existe pas uniquement au sein des populations noires africaines et afro-descendantes. En effet, il est également présent dans plusieurs autres communautés :

  • Inde : les acteurs bollywoodiens sont nettement plus claires que la population indienne.
  • Chine : la blancheur est recherchée afin de se démarquer des travailleurs de la terre.
  • Amérique du Sud : les concours de Miss ne valorisent pas les candidates à la peau foncée.

Certes les causes ne sont pas forcément les mêmes mais les critères occidentaux mainstream restent les standards à atteindre.

 

Comment le combattre ?

Là est la question. Comment enrayer ce système de jugement de valeur alors qu’il est présent à l’esprit de beaucoup d’entre nous, plus ou moins consciemment, depuis des siècles ? Il est parfois tellement bien intégré dans une manière de penser qu’il est rarement remis en question. Alors, prendre conscience de l’existence du colorisme, c’est déjà un grand pas en avant. Encore faut-il qu’il soit remis en cause. Certaines personnes ne vivent pas le colorisme au quotidien. Elles ne perçoivent que rarement l’impact négatif et réel du colorisme. Difficile alors de les amener à réfléchir sur un système de pensées dont ils n’ont même pas conscience.

Les personnes noires ont généralement connu l’expérience du colorisme. Elles le vivent sans pour autant connaitre le terme et ses implications. Elles ne le questionnent donc pas forcément. Il n’est évidemment jamais trop tard pour prendre conscience de l’injustice du colorisme et le combattre. Il suffit de s’interroger sur sa manière de penser et de se « corriger ». Cependant l’éducation reçue joue énormément sur la perception raciale que l’on aura durant sa vie d’adulte. D’ailleurs, voici une vidéo sur un test déjà effectué dans les années 50 aux USA sur la représentation que les enfants noirs peuvent avoir d’eux-mêmes.

Ces enfants vivent dans un monde où le racisme et le colorisme sont très présents. Cet environnement les amène à penser que plus on est clair de peau, plus on est beau et gentil. Du simple fait de leur couleur, ces enfants se placent eux-mêmes dans la catégorie des moches et méchants. Le travail est là : faire que dès le plus jeune âge, les enfants noirs ne se dévalorisent pas. Ils ne doivent pas valoriser systématiquement et aveuglément la peau claire. En effet, ils lui attribuent des qualités esthétiques ou morales comme s’il s’agissait de propriétés intrinsèques. Les enfants devraient grandir avec l’idée qu’ils sont beaux et que la valeur d’une personne ne dépend pas de sa couleur de peau.

16 mars 2016

RELATED POSTS

LEAVE A COMMENT