Le 10 mai dernier était la "Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions". Une bien belle journée pour la France pour rappeler que le racisme, c'est mal et qu'on doit s'aimer les uns les autres. Malheureusement, cette journée de commémoration n'est que morale et non politique. On invisibilise complètement les véritables raisons de la traite et de son abolition. C'est ce qu'on va voir aujourd'hui...

 

 

Différence entre esclavage et Traite négrière

Souvent interchangeables, les termes « esclavage » et « Traite négrière » ne sont pourtant pas la même chose. L’esclavage est à l’origine une pratique de guerre qui consistait à déposséder de sa liberté le peuple « perdant ». Le peuple « gagnant » en faisait une propriété exploitable, négociable et sans personnalité juridique (contrairement à un prisonnier de guerre par exemple).

La Traite négrière est, quant à elle, un système économique. Elle s’appuie sur la pratique de l’esclavage pour produire. Les esclaves n’étaient donc plus des « prises de guerre ». Un peuple ne devenait pas esclave parce qu’il avait perdu mais pour ce qu’il était. C’est là qu’intervient la notion de « race ».

 

Des raisons avant tout économiques

La Traite et la mise en esclavage de Noirs Africains ont d’abord des raisons économiques. Pour les Européens, les Amériques sont des terres exploitables et profitables. Cependant les Amérindiens les ont combattu et beaucoup décédèrent de maladies apportées par les colons européens. Ces derniers se tournent alors vers l’Afrique.

Les Européens ont choisi l’esclavage à toute autre pratique pour produire, évidemment parce que la main d’oeuvre est gratuite. C’est ce qui a permis à l’Europe de rapidement prospérer et développer son économie interne. Sans l’esclavage, l’Europe ne serait pas aussi riche.

Néanmoins, l’Europe très chrétienne de l’époque ne pouvait pas assumer ouvertement l’esclavage d’êtres humains. L’Eglise devait alors théoriser la Traite et l’esclavage pour les rendre acceptables et légitimes. Un épisode de la Bible va donc servir à justifier l’infériorité naturelle et donc la soumission légitime des peuples noirs d’Afrique : la malédiction de Canaan. La caution religieuse a moralement autorisé la Traite et l’esclavage des Noirs d’Afrique. Ces derniers étaient vus comme des esclaves par nature.

 

L’idéologie raciste comme justification de l’esclavage

L’interprétation et l’utilisation de la Bible ont permis l’émergence d’une idéologie : le racisme, c’est-à-dire la hiérarchisation des groupes humains appelés « races ». Les Noirs d’Afrique ont été placés tout en bas de cette hiérarchisation. Leur mise en esclavage n’était donc plus un problème moral ou religieux mais une solution économique pour faire prospérer l’Europe. L’idéologie raciste n’est donc pas la cause de la Traite et de la mise en esclavage des peuples noirs d’Afrique mais un moyen de les justifier.

Bien évidemment, tout ce qui pouvait rappeler la grandeur, la richesse, les sciences, la spiritualité, la culture ou tout autre aspect positif des civilisations noires africaines était ridiculisé, moqué, méprisé, gommé, interdit, pénalisé…

 

Une abolition qui n’a rien d’humaniste

Tout comme la Traite et l’esclavage, la pensée abolitionniste européenne trouve ses racines dans une logique économique de rentabilité. L’esclavage était-il toujours rentable ? Notamment par rapport à cette nouvelle idéologie capitaliste. En effet, pour Adam Smith, le travail salarié est moins coûteux que l’esclavage. Et cela s’est avéré vrai puisque :

  • Les maîtres esclavagistes ont été indemnisés par les puissances européennes pour la perte de leur main d’oeuvre. Et non les esclaves au titre de réparations.
  • Haïti est la première République noire, issue de révoltes d’esclaves. Elle a dû payer une dette considérable à la France pour accéder à l’indépendance.
  • Le faible taux de natalité au sein de la population esclave poussait les maîtres à toujours acheter plus d’esclaves. En effet, il fallait compenser les décès, notamment dus à la répression des révoltes d’esclaves toujours plus fréquentes.
  • Les rapports de force entre maîtres et esclaves se sont perpétués puisque le capital et les moyens de production sont restés du même côté. Les anciens esclaves n’ayant ni terre, ni moyens financiers, n’avaient pas d’autre choix que de se faire embaucher par leurs anciens maîtres. Ils travaillaient cette fois-ci en tant que salariés. Les employeurs/anciens maîtres n’avaient pas à les acheter, nourrir, loger ou surveiller et ils pouvaient les renvoyer. Ces économies réalisées couvraient largement les bas salaires à payer.
  • Les grèves sont moins risquées que les révoltes sanglantes, sur le plan de la sécurité et celui de la perte économique.
  • Le salarié est également un consommateur.

On voit donc bien que la pensée abolitionniste n’avait pas d’autre but que le profit. Si l’abolition a eu lieu, ce n’est donc certainement pas pour des raisons morales. Pourtant c’est l’aspect humaniste européo-centré qui est à tort mis en avant lors des cérémonies du 10 mai.

 

Et maintenant ?

Les conséquences de la traite et de l’abolition ne peuvent pas être réparées uniquement sur le plan moral et symbolique. Cela justifie donc les revendications et les luttes pour des réparations en lien avec la réalité des afrodescendants aujourd’hui.

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